Je m'appelle l'Informatrice. Je suis âgée d'une trentaine d'années. Je suis mariée et mère de deux enfants.
J'aime par dessus tout mon métier de journaliste que je vis comme une vocation. Je travaille actuellement dans un grand quotidien.
Pendant de nombreuses années, je me suis fondue dans le moule, sans faire d'histoires, consciencieuse dans mon travail, respectueuse de la ligne éditoriale de ma hiérarchie (ligne éditoriale contrôlée naturellement par les actionnaires).
J'ai couvert des événements politiques, réalisé de nombreuses interviews, rencontré le gratin et fréquenté le fameux dîner du Siècle.
Le métier de journaliste aujourd'hui a perdu de sa superbe. La logique marchande est entrain de tout tuer. Le journaliste n'est plus un informateur, un chroniqueur, un pédagogue, mais un commercial qui doit s'inscrire dans un projet de développement économique de son média, contraint de rechercher sans cesse le scoop, le sensationnel, tirant le niveau intellectuel et culturel de la société française vers le bas.
Respecté hier pour son indépendance et sa capacité à résister aux pressions, le journaliste n'est plus aujourd'hui qu'un simple salarié qui doit avant tout se battre pour conserver son emploi en cette période de vaches maigres. D'où le sentiment de collusion avec les puissants et les nantis.
Car être journaliste, c'est aussi appartenir à une corporation qui, au cours de ces vingt dernières années, entretient des relations incestueuses avec le monde politique et économique, lequel influe sur sa manière de traiter l'information, voire de la manipuler.
Aujourd'hui le destin du journaliste est d'être clairement au service d'une haute élite.
Cependant, il serait injuste de considérer que tous les journalistes sont des "vendus". La vérité est que la grande majorité d'entre eux sont au quotidien de gens passionnés par leur métier, qui essayent de faire du mieux qu'ils peuvent, dans des conditions pas toujours évidentes, leur travail et qui ne gagnent pas plus de 3000 euros par mois.
Mais la forte prégnance de la pensée dominante les empêche de sortir des clous, à quelques exceptions près.
C'est pour bousculer et réveiller une profession qui est entrain de perdre ses lettres de noblesses, en raison de ses compromissions et de son académisme conservateur, que j'ai créé le personnage énigmatique de L'Informatrice.
Dans une France sinistrée sur le plan économique et social, en proie au doute, où les citoyens ne croient plus aux vertus de la politique et se détournent des scrutins démocratiques, j'ai donc décidé de partager avec eux un certain sentiment de révolte.
Révolte à l'égard de certains comportements qui nous heurtent dans l'idée que nous nous faisons de la république, de la démocratie et de l'égalité.
J'ai décidé de le faire avec humour, impertinence et dérision.
Et comme il faut bien rire, j'ai sélectionné ce sketch de notre regretté Coluche qui nous remet à nous journalistes les idées bien en place.
Et comme il faut bien rire, j'ai sélectionné ce sketch de notre regretté Coluche qui nous remet à nous journalistes les idées bien en place.